<- CNRS 4, p. 279

CNRS 4, p. 280

Cahiers de Paul Valéry
-> CNRS 4, p. 281 Index des Cahiers



$

 

Ma vie fut toujours inquiète de tout engagement –

Me dégager, me dégager, ma manière fondamentale naïve

Quoi – je suis tel – quoi je suis tel et tel, même fut ce très agréable – Impossible d’y demeurer, d’en jouir

Impossible d’être quoi que ce soit – Je pense toujours à autre chose et de préférence le pire.

Et je m’ennuie même d’être ce changement, que je finis par pressentir par précéder –

Cette nature qui se trouve toujours trop serrée, trop saisie, qui veut se réveiller toujours de l’étreinte, qui se fait des fantômes d’encerclement et existe en s’y dérobant, et pour exister les suppose – tant que chaque idée, chaque sentiment lui semble toujours autre que soi, cas particulier, chose à épuiser, à percer, à voir du dehors -– cette nature fait ses théories – Je vois donc par le possible – Tout me semble combinaison – et je dégage de moi une fonction maîtresse qui est de ne me <fier à> tenir à nul…

--- Et finalement puisqu’il n’est pas d’idée, d’état, de certitude, que la suite des choses de toute façon continuée ne transforme – puisqu’il n’est pas de chaîne ou d’assemblage si bien ajustée, close ou formée de si justes contacts réciproques, qui n’appartienne à un système plus vaste dans lequel elle est ouverte et démontée, puisque rien ne ferme à la longue, pourquoi ne pas anticiper cette nécessaire évasion, ni adopter mon instinct ou ce pressentiment A: que toujours par quelque endroit ce qui est se dérobe – laisse fuir, nul système n’est si homogène qu’il ne cède par un point et nul n’est non composé, n’est simple.

… Je me suis dégagé de ma « ville » de la littérature, de mon meilleur, de tout éloge, de mes admirations, du vrai et du faux et du « vrai » et du « faux » - Au point que si quelque chose me veut engager trop intimement, je tends à m’évanouir – je me sens en aller –




Date de création : 21-04-2003