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Cahiers de Paul Valéry
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Autrui, un autre semblable, un peut-être double de moi, c’est le gouffre le plus magnétique – la question la plus renaissante, l’obstacle le plus malin – chose qui seule empêche tout le reste de ne pas se confondre s’éloigner ensemble – Singe plus imitateur – reflet qui répond, devance étonne –

Ainsi l’autre homme, l’autre moi est une conception capitale, un instrument sans pareil un organe, un sens – qui non seulement par son existence mais par sa supposition même est fondamentale pour mon entendement des mondes. Ceci peut-il être vu par un autre -?  Puis-je former cet autre quant à ceci ? Oui. Alors ceci se range là – Non – et cela se range ailleurs –

Cet autre – réagit sur moi-même – Je modifie mon idée jusqu’à ce qu’elle soit capable d’être pour cet autre – Ce rêve n’est que pour moi - - -

Mais cet autre n’est lui-même qu’un moi réduit – qu’un moi interpellé – qu’un moi passé – Mes nouveautés sont jugées par un moi passé. Mon rêve est jugé par un autre. Ou c’est le rêve d’un autre ou plutôt : un autre jugé par moi – vu par moi ; demain.

 

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L’intéressant chez un peintre – est le pouvoir de trouver des solutions par le pinceau – L’indépendance du pinceau – qui va, malgré l’objet et la tendance naïve à colorier créer des relations – nées de l’acte même, un division issues non de la vue seule, encore moins de l’intellect – mais du mouvement traceur déjà associé à la vue – les objets étant décomposés en zone de balayage de pinceau, exprimés en largeur de pinceaux x mouvement – ce qui relie, simplifie, introduit un système de notations essentiellement peintre. La chose décomposée en beaux coups de pinceau.




Date de création : 21-04-2003