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Cahiers de Paul Valéry
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La poésie est un excitant autant qu'un produit d'excitation. L'homme excité produit l'excitation, l'excitant, comme l'oiseau chante.

Cet homme se devance. La parole qui en sort semble aller plus vite - - que le temps de la combiner. Il exprime en moins de temps qu'il n'en faudrait (à lui-même) pour penser ce qu'il exprime.

..Mais qui composera avances et retards de la manière la plus puissante?

*

(Enfance)

S'il y a un anneau, on tend à le tirer; une porte, à l'ouvrir, une manivelle à la tourner -, une culasse, à la faire jouer.

S'il y a un liquide, on pense à le boire - dégoût a priori ou désir confirmé viennent ensuite.

S'il y a un escalier, à le gravir... un morceau de bois, à le mordre. Un bassin d'eau, à y jeter toute chose.

Et ces impulsions de fonctionnement s'exercent avant tout sur le corps même du sujet qui est un excitant perpétuel à le faire jouer, à le mordre, à le manier, à l'explorer, à l'annihiler en exerçant sur lui, par lui toutes les activités possibles.

(Et dans ce cas particulier, les organes et excitations sexuelles -) la masturbation, et même l'amour peuvent exister non comme sexualité mais comme activité générale.

*

Le fond de l'esprit est analogue à une sensation.

*

Nos actes sont finis dans un milieu infini.


Date de création : 20-04-2003