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Cahiers de Paul Valéry
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Perfectionner un art Þ chercher ce qui dans cet art n'a pas encore été ordonné, demeure livré à l'inconnu, aux impulsions.

Ainsi en littérature - la suite même des phrases, n'obéit à rien d'artistiquement certain. La suite des phrases suggère seulement un homme qui parle - et l'homme qui parle est la naïve image par quoi l'on s'explique inconsciemment cette suite hasardeuse, coupée, reprise, irrationnelle telle que le parleur, lien suffisant de sa parole.

Si, au lieu d'un homme parlant, on devait se représenter en lisant - une vague architecture - une courbe - un mouvement - une sorte de transformation autonome de la pensée initiale? Comment réaliser ceci? Compare la suite logique.

En musique - l'image est: Toi qui chantes.  Mais en peinture c'est: Moi qui vois.

En littérature: Toi qui parles.

Il faudrait abolir ce Toi, cet autre, de façon à feindre la pensée même du lecteur.

*

Toute impression --> ou action extérieure même inconnue <--  qui m'absorbe suffisamment pour que j'oublie une certaine chose (mon "corps") m'endort.

S'endormir c'est oublier cette chose.  Oublier, en dormant, ses "malheurs". Et d'abord, avec elle, on oublie toutes les autres.

Mais on l'oublie, peut être parce que l'on ne se distingue pas d'elle. Quand je dors, si je rêve, mon "corps" n'est plus, du moins il est dans mon rêve, rêvé comme les autres êtres du rêve - donc "fluidique", perdant ses propriétés. S'endormir c'est oublier une évaluation, une classification, selon laquelle - il y a 1° Mon "corps" 2° le reste.


Date de création : 20-04-2003