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Cahiers de Paul Valéry
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L'Argus aux cent yeux. Le cosmos serait l'Argus - et chaque oeil un homme.

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En tant que contenu le rêve se réfère à la veille      --> c'est-à-dire que nous interprétons grosso modo les changements bizarres, les sensations pendant le sommeil à l'aide des restes de la veille <--. Mais en tant que forme il est une forme entièrement distincte d'elle.

En tant qu'aspect total il est une réaction mal adaptée, infinie, privée d'issue, d'origine ou d'axes de référence, réaction sans choix contre des excitations non ordonnées.

Car la veille est la phase durant laquelle les excitations se classent au moyen de mon corps (qui est un élément de conscience singulier).

Mon corps - veut dire une classe d'excitations et de réponses.

Le rêve montre a contrario le pourquoi et la valeur de la conscience et son absence de valeur.

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Nous n'avons aucun droit d'employer les mots en dehors des intervalles pour lesquels ils ont été définis, c'est-à-dire pour désigner des choses certainement extérieures à la nécessité qui les a créés - quand nous le faisons c'est sous réserve d'une démonstration.

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Il n'est rien de "sérieux", il n'y a que du tragique et de l'indifférent. Est tragique tout ce qui ne cède pas à un traitement mental approprié. Tout ce qui viole la mutation incessante de la conscience..  et ne veut pas céder à la distraction, ne se laisse pas divertir...

Le sérieux est la forme de sottise  d'un < joueur > homme qui joue pour un gain de convention, pour son amusement, et qui souffre s'il perd (au lieu de voir que dans ces conditions, perdre doit être aussi amusant que gagner).


Date de création : 20-04-2003