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Cahiers de Paul Valéry
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Mon esprit soit un laboratoire où je puisse chauffer ce sentiment et glacer celui-là.

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La publicité me dégoûte, elle est toujours charlatanesque. Ce qui m'intéresse en moi, c'est le point où il ne peut plus s'agir de charlatanisme. Si je veux être charlatan je ne peux plus être moi et la raison dit impérieusement que si l'on publie il faut être charlatan - d'abord parce que c'est inévitable - ensuite parce que ne pouvant l'ignorer, il faut l'être de toute sa force.

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Symbolisme (ou plutôt cette littérature essentiellement poétique. Mallarmé, Rimbaud). 83

Voici une formule qui peut servir: ce fut quand on prit systématiquement pour représenter des états (ou plus rigoureusement pour donner des effets) les formes du langage, et que ces formes logiques ou grammaticales recevaient des contenus entre lesquels  les relations logiques marquées par les formes ne s'exerçaient pas - mais servaient à juxtaposer purement et simplement des images.

Ainsi dans cette proposition

Le rire des flots est innombrable

le sujet n'est pas modifié par l'attribut. Le flot ne rit pas et le rire n'est pas nombre mais on se sert de cette forme traditionnelle et obligatoire de la proposition pour juxtaposer les membres simultanés d'une impression.

Autre exemple. L'épithète "artiste" - dans ce cas l'épithète ne modifie pas le substantif, mais bien l'impression totale. Ainsi on pourrait parfois le définir comme "le mot qui désigne une qualité suggérée par le sujet et non impliquée par lui ou suggérée par ce qui entoure le sujet ou l'accompagne.

Comprendre une proposition consiste à concevoir un objet unique dans lequel l'attribut et le sujet soient dépendants l'un de l'autre et liés par l'objet.

Mais comprendre ces pseudo-propositions littéraires c'est concevoir un ensemble, non délimité, et qui ne conserve de dépendance entre les mots donnés qu'un esprit ou sujet possible.



Date de création : 20-04-2003