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Cahiers de Paul Valéry
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µ Se mirer c'est <opposer> affronter l'être à sa fonction - l'oeil étonne le voir. Le tout se connaît [[ Var. sup.: figure ]] partiel. Au moyen du miroir.

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N'es-tu le Robinson intellectuel? Jeté dans soi, refaisant dans son île voulue, sa vérité et les instruments qu'elle demande. A la chasse! A la pêche!..Même le perroquet n'est pas très loin.

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Si je fronce les sourcils, elle les fronce aussi, Agathe (13 mois). Par quelle suite mêlée d'images et de contacts inconnus, imite-t-elle moi? se fait-elle miroir de déformations et de mouvements? Peut-être suffit-il qu'elle me regarde avec attention pour qu'elle doive obéir à ce qu'elle regarde...

Cet exemple est très délicat. Sait-elle qu'elle peut m'imiter? Pour comprendre ce qu'elle voit, elle imite. Imiter pour comprendre. [[ Renv.: dans ce cas on cherche la clef de l'acte ou de l'objet qui intéresse - dans l'état mental qui correspond intérieurement à la simulation extérieure de l'objet. On fait une proportion. Les états sont entre eux comme les visages ou: ma pensée pourrait prendre pour sienne ton expression et la tienne mon expression ]]

Mais elle ne peut vouloir comprendre...

L'imiter est engendré par le simple voir.

Voir c'est d'abord transformer une portion définie de soi en choses étrangères, ou plutôt transformer cette portion sous l'action inconnue de choses extérieures d'une certaine façon.

 

L'imitation fait songer à des propriétés tout à fait scandaleuses du système nerveux. Remarque que l'imitation est toujours motrice.

Il s'agit d'amener à coïncider ou à correspondre l'image de tel être et celle que je me suggère en me déformant. Pour aller jusqu'à l'art il suffit de pousser la déformation jusqu'à avoir conscience de ses parties, de ses coordonnées, qui elles-mêmes coïncident avec des éléments d'expression.



Date de création : 20-04-2003