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Cahiers de Paul Valéry
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En observant ce matin un rêve tout frais, j'ai bien cru discerner sa structure singulière. Il montrait comme souvent, une scène possible de mon existence quotidienne habituelle, avec quelques anomalies et déviations; et certains détails dérivés d'impressions toutes récentes. Un de ces rêves qui se tiennent dans le voisinage du pur souvenir - comme si une grande partie des conditions étaient dues au souvenir, le reste déterminé actuellement, grosso modo, au moyen d'autres souvenirs. Ce qui montre, en passant, que le souvenir parfait et complet est une limite et que le souvenir peut exister en deça de cette limite, plus ou mois altéré, abrégé, réduit à des relations, à un ordre etc. Mais je reviens à cette structure.

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<Il m'a semblé pour voir ce rêve> J'ai cru voir que ce rêve était fait de touches, de modifications non seulement successives, mais élémentaires d'apports incessants et curieusement fragmentaires. Mosaïque d'éléments indépendants qui devenaient dépendants pour former un tableau - une scène qui s'altérait presque aussitôt. Et cette altération était comparable à celle qui se produirait dans un corps supportant une image peinte - c'est-à-dire elle était irrationnelle avec le sujet représenté.

Rêves, essais d'explications d'un souvenir incomplet avec modifications incessantes - dont les unes sont explicatives et les autres fonctionnelles.

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La véritable unité de la pensée n'est pas pensée, n'est pas le Moi.

Comparaison du temps avec une corde fixée par le haut et le long de laquelle un homme qui se cramponne descend. La corde au-dessous de lui est vague et au dessus raidie1.

Le passé est la partie de moi qui était soumise à des forces.

 

Le souvenir comprend non seulement  objets, états, attitudes mais même des propriétés plus générales. Bonté, clarté, acuité etc. peuvent revenir. Et en général tout ce qui dépend de liaisons.



Date de création : 20-04-2003