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CNRS 4, p. 81

Cahiers de Paul Valéry
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Il est des moments de calme et de lucidité dans la nuit avant tout sommeil, par une lumière indirecte où, tant le vide est pur, tant la transparence complète, tant l'on y voit net et tant un objet particulier manque à la vision, que l'intelligence s'étonne de se trouver <se tenir> (par intervalles) à tel instant de la durée plutôt qu'à tel autre, et s'il lui vient une pensée moins simple que le sentiment de son existence elle s'en détourne comme d'un accident 42 pour revenir à son miroir. Toute chose lui semble étrangère mais ne pouvoir lui rien cacher, juste pour être seulement superficielle. C'est alors que sa propre mort lui semble indépendante de son existence et d'une nature bien différente de cette clarté générale qu'elle se sent. Tout ce qu'elle sait de l'avenir lui paraît aussi légèrement que sa mémoire en cet état ne lui pèse. Et elle absorbe sans effort l'idée de sa propre extinction, la dissolvant dans sa comédie d'éternité. Puisqu'elle est pendant un instant comme éternelle qu'est-ce  donc que les idées de changement, de division, de diminution, de journée et de retour peuvent avoir de commun avec ce singulier moment de permanence qui semble sans échange avec tout le reste de l'esprit et le démontre nul?

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L'homme se sent vivre, se sent vif, se sent lourd - lucide ou trouble, élastique ou raide, libre ou contraint, sombre ou aisé, dur ou facile, hostile, coupable ou bon, etc. Et ces états divers ont pour chacun une moyenne comme le climat est la moyenne des températures.



Date de création : 20-04-2003