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Cahiers de Paul Valéry
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Le sommeil est bien comme une phase critique dans laquelle disparaît la distinction de choses coexistantes.

L'ensemble des sensations, pressions, réactions tend vers une sorte d'unique impression - Etre - et tout ce qui tend à donner cette impression me pousse réciproquement vers le sommeil, absence du temps.

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Sensibilité - motilité dans leur relation actuelle.

Les mouvements normaux et ordinaires du vivant sont retenus, et maintenus à l'état réversible par l'emploi des muscles antagonistes.

Mais ici motilité doit être entendu non comme possibilité de mouvements réels, mais simplement comme tendance au mouvement, impulsion, commencement.

Le mouvement peut être aboli, les sensations et pensées demeurent mais il n'y a plus de sensations ou elles vont disparaître si la velléité de mouvements est abolie. Sensibilité liée au pouvoir d'arrêt.

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Suppose un être doué de mouvements assez brusques et prompts pour que il puisse bondir de A en B par C [Croquis.]   en un temps plus court que le passage de la lumière. Cet être pourra se voir en A et se recueillir, recevoir lui-même son image en B et ses yeux verront ses yeux et B dans ses yeux --

Peut-être ce mécanisme simple et fantastique est-il employé dans la conscience. Il faudrait alors analyser les procédés de la conscience en égalités et inégalités de temps expliquant la nécessité de coïncidences pour la connaissance, l'évasion des idées et surtout l'indépendance des conditions essentielles de la conscience..

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[Croquis.] [[ Croquis illustrant l'hypothèse de simultanéité et de coïncidence de la perception, d'abord dans un contexte de mouvement ("bond" plus rapide que le passage de la lumière), ensuite dans celui de la conscience.   ]]

Le moi, en tant que suite de contradictions, se dit et se répond:

"Je suis extérieur à tout.

Tout m'est intérieur".

Et il le répète indéfiniment.



Date de création : 20-04-2003