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Cahiers de Paul Valéry
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La veille me semble marquée par le sentiment obscur - (le rêve!) - d'une liaison entre deux états quelconques autre que la succession de ces états. [[ Aj. marg. d.: La veille c'est la présence d'un corps permanent mon "corps" ]]

On sent qu'un état n'est pas - définitivement, réellement, exactement - éteint et aboli par un autre.

On sent que leur succession n'est pas une loi absolue du contenu de ces états et qu'une "chose" peut se répéter infiniment ou subsister hors d'elle.

Veiller n'est que durer - en dehors, au-dessus, contre, vers - des états.

On peut croire que cette relation [[ Var. sup.: ce sentiment ]] pressentie est celle des objets réels en tant qu'extérieurs. On peut n'y voir - c'est plus sûr - que l'impression de notre tension générale dont le sommeil est comme liquéfaction.

Je veille quand je crois que l'objet fui par le regard ne cesse pas d'être! Je veille quand ma connaissance admet simultanément plusieurs degrés de netteté.

La veille est essentiellement due à la pluralité d'excitations ou plutôt à la pluralité des genres d'excitations.

Lorsque des excitations cessent d'appartenir au même genre il y a une sorte de réveil par concurrence - par décohérence.

Le sommeil est essentiellement  continuité subie - monotonie et si donne attention à un point jusqu'à m'endormir de fixité, je me fige entièrement dans cette volonté.

La veille est discontinuité des localisations, leur voltigement - le ne pas être attaché à ce qui apparaît. Posséder une force libre, de manoeuvre intérieure.

)) Cette force libre (qu'on recouvre au réveil) est marquée dans la conscience par les trajets non figurés. ((

Compare un système Branly - indépendance des ondes, de la cohérence et du système à marteau qui décohère la limaille.



Date de création : 20-04-2003