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CNRS 3, p. 906

Cahiers de Paul Valéry
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La différence des systèmes ne gît que dans leurs parties invérifiables.

La dispute est donc dans l'obscurité, sur elle et par elle.

Sans les parties claires sous les noms divers, les choses sont mêmes. Là tous les philosophes s'accordent sans le vouloir. Il faut discerner non ce qu'ils disent ou éclairent le plus. Mais ce qui est impliqué dans leurs dires. Tous se servent des mêmes choses, et quant à leurs principes propres, ils se réduisent à peu lorsqu'on les retraduit en nettes idées. D'ailleurs ils sont invérifiables et sans autres conséquences que des paroles.

La plupart de ces principes sont si importants que pour leur trouver un sens, il faut le leur donner.

En réalité ce ne sont que de mauvaises et ambitieuses traductions d'un état d'apparence lucide, obtenu un matin, et que leurs contemplateurs ont cru pouvoir épuiser en six mots. Ces mots sont pour eux une formule magique qui ressuscite leur meilleur jour; pour nous, il ne disent rien. Tel le cogito insignifiant (à la lettre, philologiquement ce cogito veut dire: je vois des choses non extérieures, donc je fais partie des choses extérieures)

 

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Je ris. Si mon rire est sincère c'est un réflexe

        Si mon rire est calculé c'est un acte (acteur)

        Si mon rire est conventionnel c'est une habitude

        Si mon rire est non adapté c'est une maladie

 

*

 

Un acte est un événement musculaire dont l'arrivée est déterminée par des circonstances extérieures qui elles mêmes ont été prévues intérieurement et répondues par l'image de ce fait musculaire

La circonstance extérieure ne détermine que l'arrivée de l'acte et non sa figure

L'état extérieur et intérieur ne détermine que sa figure



Date de création : 20-04-2003