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CNRS 3, p. 888

Cahiers de Paul Valéry
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Tout est prédit par le dictionnaire

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La nécessité est  par l'intermédiaire de conditions.

Nul événement n'est nécessaire en soi. Mais si les conditions sont produites, il en découle nécessairement.

La nécessité est une sorte de loi combinatoire.

L'intervention de l'homme dans la production des phénomènes naturels - comme elle se pratique aux laboratoires - montre la nécessité comme pouvoir non comme devoir, comme non attachée à telle série isolée mais sans série

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Entre 2 états nous ne suivons qu'un seul chemin -

Tout phénomène ne se sépare et ne se distingue des autres que par une seule opération, et dans une seule fois

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Sous la notion grossière de temps on pressent celle de quelque chose qui va à l'encontre de l'unité instantanée de la connaissance, on sent la connaissance aller à l'encontre, en "sens contraire" de quelque diversité.

Mais cette diversité n'est pas précisée, pas énumérée, elle est multiforme.

Mais de quoi qu'elle se compose à chaque fois - qu'elle soit appelée temps, et son inverse, (1/t) l'acte de la connaissance.

          

Si la conscience "morale" porte le même nom que la "psychique" c'est qu'il y a des moments où elles se confondent. Lorsque il suffit de se représenter l'acte qu'on fait pour l'arrêter. il y a même de purs réflexes que la conscience paralyse. cf. pudeur.

 

Sinon on arrive à ce paradoxe d'un antagonisme entre 2 êtres (idées) qui ne peuvent même pas réellement coexister

[Croquis.]

Volonté et objectivation sont de même espèce. Le sujet hypnotisé est apte à rêver objectivement ce qu'on lui suggère, comme il est apte à recevoir un vouloir étranger.

L'endormi rêve de la même sorte qu'il veut une chose ou la possède et de même il rêve également un danger et les efforts pour s'en retirer.

A ce propos, note que voici un antagonisme entièrement plongé dans le rêve.

Il est probable que les antagonismes moraux ou autres dans la veille sont non moins relatifs et simplement dus à la non visibilité momentanée de la différence de nature des facteurs, qui en réalité ne s'appliquent pas l'un à l'autre.

Toutes les luttes de l'homme endormi, qu'oppressa l'édredon ne peuvent déplacer cet édredon monstrueux. Il se forma un monstre; et un moi qui lutte avec le monstre. Mais le monstre est une sensation constante, le moi une production d'images et toutes les images possibles ne peuvent rien changer à une sensation constante.

Le véritable antagonisme n'est pas entre des représentations mais entre des espèces mentales différentes


Date de création : 20-04-2003