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Cahiers de Paul Valéry
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La mémoire perceptive sert à mûrir ou à compléter une impression et à la mener de son commencement à sa netteté par un chemin en nous, avec une vitesse nôtre, au lieu d'attendre son développement propre.

Toute son utilité vient de sa vitesse     [Croquis.]

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Ecrivain. C'est prendre position en un point d'où se voient à gauche toutes les choses, à droite tout le langage.

Et si un sujet est donné - (un thème) pris dans ces choses, alors je vois que cette donnée éveille immédiatement un certain groupe de mots dans l'ensemble complet des mots.

Ce groupe est celui où n'importe qui - puiserait naturellement et sans même s'en apercevoir, des éléments pour exprimer la donnée.

Mais, écrivain, tu te dois de le rejeter, et de faire le difficile. Tu dois savoir avant toute chose, ou pressentir - que ces mots nécessaires en apparence et habituellement, ne désignent qu'une subdivision particulière des choses, un traitement des impressions prises d'une certaine façon, et non les choses mêmes.

Pour qu'il y ait des mots il faut une fixation des choses - Or on les peut toujours fixer et débiter d'une _ de manières.

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Le temps est l'éternel présent.

Il faut écrire comme on voudrait se parler toujours à soi-même. Mais alors il faut donc surtendre et surélever ce soi-même.

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Passé, Présent, Futur - ou: à l'aide d'un point donné on peut toujours déterminer deux autres.

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Axiome du temps: il n'y a pas d'événements identiques.

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Je regarde < ce corps> cet objet et je me parle de lui.

La mystique est l'art d'attendre. Et le secret divin: l'art de se faire attendre.


Date de création : 20-04-2003