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CNRS 3, p. 846

Cahiers de Paul Valéry
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Le dessin que je fais d'après un modèle n'est pas une transformée ponctuelle du modèle, mais une transformée par éléments finis, et chaque élément fini est mien et indivisible - c'est-à-dire produit d'une coordination qui est déterminée par ma structure.

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J'ai beau regarder mille fois très fortement cet arbre réel si net et si bien éclairé dans sa bonne distance, très bonne pour tout voir, je n'en laisse pas moins toute la finesse de sa structure, si je ferme les yeux. Cela ne s'imprime point et en quelque sorte cela ne peut précisément m'appartenir. C'est un détail auquel il faut de toute nécessité la présence de son objet, ou de son origine - inimitable. Et toute photographie brute que mon oeil désireux reçoit de cette vue, ne retient que des masses trop générales, et toute représentation (mue) d'arabesques, est trop générale, ou trop libre. J'en imite le serré, non la forme.

...Cette figure que je reconnaîtrais entre mille, absente, je suis incapable de me la dessiner, et capable de trouver infidèle, son dessin. Et je suis plus incapable de me la dessiner dans ma tête, que sur le véritable papier - où je la cherche par approximations. --

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La conscience est comme une surface de séparation entre deux milieux tellement inconnus que nous ignorons même s'ils sont différents ou le même.

Seulement nous avons conscience très souvent que chaque état est borné par d'autres et qu'il y a destruction d'un côté, formation de l'autre.


Date de création : 20-04-2003