<- CNRS 3, p. 266

CNRS 3, p. 267

Cahiers de Paul Valéry
-> CNRS 3, p. 268 Index des Cahiers

$

Voici nos mythes que tant de peine nous eûmes à élever contre de plus anciens.

 

*

Pendant que tu parles - ta main parle - tantôt saisissant avec deux doigts ou traçant - ou comptant sur la table des temps - ou s'ouvrant vers l'auditeur comme pour menacer.

*

Ce que je veux dire et ce que je te fais entendre - cela n'implique pas le sens des mots que j'"emploie", - dans toute sa généralité ou dans tout son domaine - Mais seulement il suffit que mes intentions présentes sur lesquelles je n'ai point de doute, te soient communiquées. C'est pourquoi - en vertu de ce caractère transitif essentiel du langage, - la plupart des gens ignorent l'étendue de la plupart des mots dont ils usent parfaitement et c'est pourquoi les dictionnaires sont presque impossibles à faire.

 

*

Les moyens de l'esprit sont cachés, imperceptibles - Ce qu'on appelle esprit c'est un résultat qui a forme, ressemblance, et réalité, signification - - et surtout A propos - Mais il y a autre chose - l'esprit manqué - le confus l'informe - sur quoi on ne s'arrête pas - qui ne ressemble à rien mais qui montre mieux le moyen, la structure, la chose-en Soi.

Forme! Ressemblance! Signification! A propos! - Identité -

 

*

L'utilité de l'esprit consiste en la capacité de dresser un plan d'actes - de le pousser loin et ne pas l'adopter: faire et ne faire pas - faire sans que le fait compte d'où le pouvoir d'essayer, de construire n solutions.

 

Il s'ensuit une sorte de liberté - par la distinction entre l'acte et le schème d'acte - entre la représentation et la répétition - par la possibilité d'annuler, de raturer, - L'esprit comme possibilité de ratures.

Personne ne l'a vu: donc il n'y eut rien.

 


Date de création : 20-04-2003