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Cahiers de Paul Valéry
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Cette succession et cette coexistence de choses disparates, quelconques, hétérogènes - cette universelle substitution, qui ne nous étonne pas ou plus, en tant que monde, si on l'attribue à la connaissance devient scandale et merveille. En tant que monde, je m'en sépare: mais ce monde baptisé connaissance, alors je ne sais plus où me mettre à part.

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Il faut rejeter définitivement toute notion abstraite dont la génération est obscure.

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Comment se fait-il que dans un orchestre je puisse suivre tel instrument au milieu de la touffe sonore? ou bien telle mélodie à travers tous les instruments.

Soit que je reconnaisse ce fil, soit que je le veuille suivre, soit qu'il s'impose à moi - je le discerne au détriment du reste. C'est-à-dire j'institue entre ses éléments une liaison de plus que le temps.

Comment se fait-il que dans un ensemble d'impressions successif ou simultané, toutes également perceptibles et viables a priori - un choix se fasse? soit par vouloir soit autrement?

 

C'est le renforcement centrifuge.

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Je regarde ce lieu banal, cette rue et son ciel connus et je vois une figure bizarre - un Arlequin géométrique prélevé sur ces taches. Accommodation centrale  polarisée.

Comme si au fait central pouvaient s'imposer des conditions spéciales indépendantes des conditions de perception banale.

Ces conditions centrales capables d'habitude, de frottements etc., sont source fréquente d'erreurs. Exemple: probabilités - remarquer l'arrivée des a et non des a, b.

On ne perçoit pas ce qu'on n'est pas habitué à percevoir - ce qu'on ne veut pas percevoir - ce qui demanderait un effort - et ce qui n'en demande pas. L'émoussement vient de la liaison entre conditions externes et celle interne.


Date de création : 20-04-2003