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CNRS 3, p. 824

Cahiers de Paul Valéry
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Ce qui peut être examiné n'épouvante, ne trouble plus.

L'examen, preuve et moyen de liberté.

Courage, don de se rendre insensible à volonté - ou de mouvoir [[ . Aj. sup.: commander ]] les moteurs malgré la sensibilité au moyen d'idées ou d'une décision antérieure.

Je prévois telle circonstance assez éloignée pour avoir le temps d'étudier une action, de la choisir après énumération complète, et de m'y tenir d'avance comme à la meilleure. L'événement accourt. Mon travail parfait se présente, d'un trait je l'annule et agis au hasard - (comme un imbécile n'aurait qu'à paraître pour prendre le pas sur un homme d'esprit.) Ceci est étrange, général, ordinaire.

Dans l'intérieur de l'esprit, le plus bête est le plus fort.

*

Je presse mon pouce contre mon index - ou réunissant par un fil mes mains je les écarte et je m'oppose ainsi à moi-même. Il faut pour cette opposition que je constitue d'abord un système cinématique, un mécanisme avec mes membres, tel qu'une seule volonté, un seul effort étant appliqué, l'antagonisme se produise.

*

D'un côté ce monde est un cas particulier d'une fonction, puisque j'y reconnais des éléments séparables et seulement de tels éléments. D'autre côté - ce monde m'englobe, puisque je retombe toujours en lui et que tout labeur ne <re> conduit qu'à lui et ne part que de lui. Tout ce qui n'est pas lui est instable - ou le paraît invinciblement, comme le rêve, l'idée, l'attention sont instables - moins durables; et si tout s'analyse en petits fragments plus généraux que ce monde - tout s'analyse aussi en fragments un peu plus gros qui lui sont empruntés.

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Etre conscient - réfléchir - c'est séparer à mesure, ce qui vient de ce qui est venu, de ce qui va venir - ce qui est à moi de ce qui est à toi et à lui et ne pas confondre demandes, réponses et les réponses entre elles.


Date de création : 20-04-2003