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CNRS 3, p. 821

Cahiers de Paul Valéry
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L'inspiré n'est que le premier à entendre une ode sans auteur. Le premier qui l'a entendue, celui-là se dira l'auteur.

(ou)

Qu'est-ce que l'auteur? Le premier qui a entendu, qui a vu, qui a reconnu...

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Lire "comme il faut" c'est se séparer lucidement de l'auteur. Etre et ne pas être lui.

On appelle classique un auteur dont le nom sert dans l'analyse d'un livre quelconque comme qualité composante. Maint critique est enclin à trouver dans un ouvrage tant de Bossuet et tant de Chateaubriand, tant de Voltaire et tant de Rousseau. Un classique sert à évaluer.

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J'ai détruit mes charmes. J'ai cherché la rigueur - parce que le naturel ne m'importe pas. Un dieu seul peut aimer sérieusement une fleur vraie, sachant la pousser.

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Une pensée prend plus ou moins de réalité. Quand je me suis dit: il faut regarder comme phénomènes ici  ø  et là Y    - j'ai voulu faire de cette réalisation elle-même un phénomène, et reculer le spectateur en arrière de lui-même.

Ainsi un colossal problème d'analysis situs: qui est le problème le plus grand de l'accommodation instantanée centrale - ou conscience - et tellement étendu qu'il faut y faire entrer des transformations continuelles comme l'inversion de contenant en contenu et vice versa - Le tout devenant partie.

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L'amour, excitation locale à quoi répond une réponse locale moyennant toute la perturbation de tout l'organisme.

 

L'homme n'est libre que pour les niaiseries.

La mort elle-même ne vaut que par ses accessoires - ne triomphe que par son décor et ces affreuses lumières, - souffrances, illusions, angoisses, opacité.

Moins cette atroce parure, elle ne serait rien.


Date de création : 20-04-2003