<- CNRS 3, p. 794-795

CNRS 3, p. 795-796

Cahiers de Paul Valéry
-> CNRS 3, p. 796-797 Index des Cahiers

$

La superstition est origine profonde, nerveuse, étant une tentation pour éviter un événement par la prévision - en considérant déjà le prétendu signe de l'événement comme l'événement même et le ressentant. Ainsi font les sens, et si je réagis déjà suivant l'avertissement de la vue au choc qui n'est pas encore arrivé, je le fais superstitieusement.

On interprète finalement les phénomènes comme, tous, avertissements et signes pour un système menacé Moi - au lieu des savants qui les interprètent pour un système non émotif, éternel.

*

La conscience comme unique objet, unique instrument, unique remède à tout - chez quelques hommes. Tout surmonter de par elle - tout prévoir, ou se prévoir toute par le sentiment de ses bonds. Rien n'est que dans elle, et donc tout ce qui est, est ce peu limité, transporté, tenu dans trois ou quatre sensations plus générales et plus profondes, elles-mêmes élémentaires, insignifiantes...

*

) La puissance de l'homme est dans son regard, dans l'angle, le mouvement, la fixité, l'indépendance conservée de son regard. (

*

Je n'aime que ma création - et pas même ma créature.

*

- Ne laisse pas échapper de ces paroles intérieures qui pourraient s'imprimer en toi et être insidieusement obéies par toi-même.

- Mais le plus sûr n'est-il pas de les laisser chanter - et si tu les réprimes alors elles se changeront en traces et en réalité secrètes.

- Qui le sait! - Mais peut-être ce qui n'est pas venu se faire entendre, ne peut-il se faire obéir?

 

L'ennemi de l'être est toujours caché - et chemine à l'abri de la visibilité. Insidieusement. Prends garde aux avenues qui tournent la conscience et aux heures de faible conscience.


Date de création : 20-04-2003