<- CNRS 3, p. 792-793

CNRS 3, p. 793

Cahiers de Paul Valéry
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En somme l'ensemble des sensations de mouvement, de tact et de vue est lié. Il se divise en ensembles partiels dont chacun est déterminé par une seule sensation de cet ensemble. Si cette sensation unique est accompagnée d'immobilité il y a point. Si elle est assimilable à une succession il y a ligne - et si cette succession est donnée elle-même comme fonction du temps seul et d'un point initial, il y a ligne droite. Mais la ligne se distingue du temps - par la suite, - quand on observe que le tracé obtenu étant MATERIALISE - symbolisé par des traces stables, ce tracé peut être parcouru en sens inverse, car il ne garde pas la marque [[ . Aj. sup.: signe ]] du sens dans lequel il a été d'abord tiré.

C'est en analysant le tracement et l'arrêt qu'on retrouve les axiomes géométriques. En disposant de ces axiomes, on prend et on laisse ce qu'il faut - on ne garde que ce qu'il faut pour raisonner. De sorte la géométrie la plus générale se compose d'une pluralité de géométries chacune commandée par un groupe de conventions.

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Quel paradoxe que l'art de manier les choses par les signes qui leur sont extérieurs et étrangers! et dont la correspondance même avec elles est tout arbitraire! Il faut que chaque chose soit doublée d'un fantôme où s'attache le signe autre fantôme. Les signes combinés, combinent les fantômes - et une machine spéciale permet de repasser des fantômes aux choses - et de leur imposer, aux choses, le même sort que les faciles fantômes ont enduré dans le lien bizarre où ils sont esclaves des signes.

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La rectitude est chose aussi nette et aussi indivisible que le rouge.

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Ligne droite comparée au son uniforme, uniformément prolongé. Cf. la note ou le bruit x Þ point, association du fait auditif à un acte. Il est remarquable (si on admet cette analogie) que dans cet exemple, très nettement c'est la durée qui différencie le point de la droite.


Date de création : 20-04-2003