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CNRS 3, p. 774-775

Cahiers de Paul Valéry
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Les "idées" ne font rien de ce qui leur est interdit - mais elles ne font pas tout ce qui leur est permis.

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O Ecrivain, - souviens-toi que ton écrit suggère avant tout une origine - et que je ne voie fatalement en te relisant - (ou en me relisant)  un inconscient furieux, ou un faux épileptique, ou un trop malin simulateur perceptible, et un faible déguisé en fort. Mais malgré tout et malgré cette face, [Croquis.]

 

 

bouche et prétentions ridicules - si apparentes - s'il y a dans l'écrit quelque chose d'accompli et de véritablement accouché, issu définitivement de l'informe, cela demeure - malgré l'infirme qui l'a fait.

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Le nécessaire une fois fait, l'homme passe au symétrique, au pur, au séparé, au strict nécessaire, - à l'élégant ou au multiple, au rigoureux --

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[Croquis.] [[ .  Croquis de la façade supérieure et du toit d'une maison.   ]]

 

 

 

 

 

 

 

Le fini n'est ni plus ni moins "réel" que l'infini: ce ne sont que deux points de vue. De même un corps peut être considéré isolé ou partie d'un ensemble.

Une grandeur finie - qu'est-ce? sinon une grandeur dont l'intuition est plus petite que l'étendue de ma faculté de voir (et passant à l'abstrait, est finie toute grandeur correspondant à celle-ci ainsi définie). Cette telle grandeur ne dépend pas continûment du mouvement de mon regard, adapté à elle et maintenu tel, et elle me le conduit hors d'elle- même. C'est une chose qui cesse d'être lorsque je m'y adapte assez longtemps.

 

Ainsi rigoureusement, pour l'intuition, un poids n'a une grandeur finie que si je le puis soulever ou le déplacer. Sinon il est musculairement infini - Additivité indépendante - Le prolongement de mes efforts ne dépend que de moi. Son terme n'est pas marqué par la chose mais par moi, ma lassitude.

En réalité l'infini n'existe que dans ce domaine où l'opération de prolongement ou de division ne porte pas en réalité sur un objet à diviser ou à prolonger mais en est indépendante. Le geste qui divise est à part de la chose dividende. Et si je lie ces deux éléments par ma condition, la chose est finie.


Date de création : 20-04-2003