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Cahiers de Paul Valéry
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Dans l'art littéraire - ou bien l'auteur parvient à créer par une accumulation de signes choisis et une ordonnance calculée une sorte de monde à part - suffisamment consistant et complet, ainsi la poésie la plus élevée - ou bien, tels certains autres - ce qu'il écrit se rattache naturellement au va et vient de l'existence ordinaire et n'en est que le développement, la réponse, la fixation, l'exagération... Le roman est mixte.

C'est ce qui explique le ton poétique, et comme certains mots entrent difficilement dans la poésie - d'où les deux langages. Les époques de haute tension littéraire sont marquées par la pluralité des vocabulaires.

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Pourquoi un ensemble organisé est-il plus facilement (par la mémoire) retenu qu'un ensemble discret? Si ce n'est qu'un ensemble organisé est rapproché par là même du petit nombre qui peut entrer dans une unité de regard et qui tient tout à un seul appel?

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Soit de la connaissance.

Tout ce qui entre dans la connaissance - devient ou organisation ou action ou peinture et inscription à venir.

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D'abord mouvement autonome et sensibilité.

Alors à chaque changement peut correspondre une sensation et à chaque sensation doit correspondre un changement.

Puis - à chaque sensation correspondent les sensations anciennes de même genre et à celles-ci - les sensations anciennes qui en furent voisines. Mémoire simple et donc à chaque sensation correspond une multiplicité.

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Pourquoi à tel instant tel chant connu me revient à l'improviste? Pourquoi ce connu imprévu? J'ai peut-être été mu sans m'en apercevoir? Mes sens ont laissé filtrer sans résistance, un rappel? Spontanéité? - Il n'y a de clarté que par la force qui sentie en même temps qu'agissante, ferme un moment les avenues du hasard et les pénétrations imperceptibles, s'obéit de près, et ne laisse se faire que des mouvements attendus dans une enceinte nette.

 


Date de création : 20-04-2003