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CNRS 3, p. 680

Cahiers de Paul Valéry
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Génie - mémoire - nombre.

Le génie est de trouver l'unité de n facteurs -(ou le point unique) dont l'unité est proposée a priori - on trouve alors un dernier facteur A, tel qu'adjoint aux n autres, le tout est formé (uniquement) et ce n + 1ème facteur est extrait de la mémoire. Si n est voisin du nombre limite N (des choses distinctes dans la conscience) il y a ce qu'on appelle du génie.

Mais pour trouver A - quelquefois il y faut un rien et quelquefois vingt ans - peu importe.

Cet exposé me conduit à remarquer que la mémoire - cette activité du passé - est dans le cas vulgaire, banal, - excitée par un seul "côté" (par exemple les souvenirs chronologiquement dévidés) Mais dans la pensée plus complexe - la mémoire est excitée de plusieurs côtés à la fois.

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Imminence éternelle de toute ma pensée1.

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Le réel comme possibilité d'emploi total, de collaboration complète de toutes mes parties - Ainsi je récite ou parle ceci du bout des lèvres - je puis m'y jeter tout entier. Le mensonge c'est faire agir la partie au lieu du tout.

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Si ta face éveille en moi ton nom - et uniformément. Si ton odeur éveille, ô passé, ta douceur, ta couleur etc. cette correspondance

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La pensée est une fonction qui change.

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Le langage me subit et me fait subir. Tantôt je le plie à ma vue, tantôt il transforme ma vue.

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Le sérieux de la littérature, sa seule justification, - est dans la production et la résolution de problèmes d'expression.


Date de création : 20-04-2003