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Cahiers de Paul Valéry
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Toute ma "psychologie" - ou si l'on veut mon désir et mon objet le plus persistant - est de - m'exprimer - ou bien de faire un langage pour ma pensée - ce qui revient à chercher des lois élémentaires et des conventions constantes.

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L'impossibilité de revenir du général au particulier est une mauvaise marque pour ma théorie - C'est le cas de la psychophysiologie.

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J'admettrai volontiers

       1° des fonctions uniformes intermittentes

       2° des propriétés élémentaires constantes -
              "durantes"

       3° des phases

       4° une structure ou distribution instantanée.

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On ne peut pas dire;

la pensée est mouvement. Mais on peut dire: il y a quelque chose dans ce changement d'idée, dans ce retour, cette interruption.

Connais rien de plus roide et plus dogmatique qu'un sceptique.

- Car la vérité vraie est dans les dires moins que dans le ton.

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cette persistance qui ressemble à quelque chose du mouvement et du repos moteur ([illis.]) car tout mouvement est un changement dans la pensée.

          *

 

Le paradoxe du souvenir - est le suivant:

C'est qu'il renaisse de rien - lui - QUI AURAIT PU NE PAS ETRE!

Une onde renaît sous l'action des mêmes forces et dans le même milieu -

Mais le souvenir, reconstitution d'une chose très complexe, née d'une foule de circonstances - et de hasards impossibles à réassembler - il renaît d'un rien - d'un rien qui n'est pas élément intégrant du tout - Ce n'est pas comme la cristallisation par un élément cristallin. C'est le retour d'un hasard, d'un temps.

Et chose suradmirable - il se décompose en éléments déjà complexes qui peuvent entrer dans mille autres combinaisons.

Ce qui fut une fois et venu de l'extérieur - devient donc une véritable propriété - L'accident devient substance.


Date de création : 20-04-2003