<- CNRS 3, p. 607

CNRS 3, p. 608

Cahiers de Paul Valéry
-> CNRS 3, p. 609 Index des Cahiers

$

Ce qui embrouille l'affaire du libre arbitre - c'est la manie de regarder la série des événements comme linéaire selon l'antique type des causes et effets.

Mais le moindre phénomène physique montre déjà une pluralité inextricable de constituants. Le moindre changement réel s'exprime par des produits de facteurs nécessaires - dont les valeurs respectives sont libres dans les limites de l'équation.

*

Le fait capital de la psychologie, à savoir la discontinuité des objets de la conscience, conduit à chercher une continuité pour les porter. On s'y essaye en notant cette discontinuité même, et ses modes tels que les sensations, la mémoire, la volonté. Mais ces mots expriment aussi des discontinuités d'un ordre supérieur. Ainsi: tel objet suit tel autre - tel mode suit tel autre - De même que quoi que ce soit peut être pensé après quoi que ce soit ceci souvenirs, peut succéder à cela volition ou sensation etc. Mais ici on constate déjà moins de liberté - moins de réversibilité - En même temps que ces modes s'est introduit quelque chose de physique -

Ceci est corroboré par la remarque que le souvenir par exemple n'est pas composé comme les représentations qu'il apporte l'ont été dans leur primitif aspect.

Un souvenir est une représentation qui ne peut pas subir (en général) les mêmes variations que la représentation originale - les mêmes prolongements - etc - Mais on ne s'en aperçoit que si justement - l'occasion se présente de les lui faire subir. C'est que la forme ou composition fonctionnelle diffère.

                         [Croquis.]


Date de création : 20-04-2003