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CNRS 3, p. 590

Cahiers de Paul Valéry
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Si A est une chose,

A' son souvenir,

Ce que A' conserve de A est la projection de A sur le présent, -

Si donc certaines fonctions qui avaient en A les valeurs x, y, z -- ont en A' des valeurs déterminées et imposées X Y Z --

le souvenir est partiel, ce qui est toujours le cas sans exception -

Il en résulte que A et A' comprennent des portions indépendantes.

Le même souvenir peut me revenir dans mille états différents. La même excitation produite à telle ou à telle époque ne produit pas des effets identiques. On ne peut pas classer chronologiquement les états de l'être vivant (mental). L'être mental lui-même n'a pas de passé - il se reporte à un passé mais irrégulièrement - de façon fortuite. Penser n'est pas continuer directement. Pas plus que le catalogue des réflexes que j'ai produits depuis ma naissance ne forme un ensemble ordonné (1) - La pensée qui sert de passage toujours plus rapide, plus uniforme entre demande et réponse - sert quelquefois de passage entre des pensées - mais c'est un cas particulier - Si par le moyen d'un dénombrement je passe d'une pluralité à un nombre, j'ai transformé enfin mon impression en procédé volontaire uniforme... Ce procédé est comme la formation méthodique du passé.

 

1) On ne peut les ordonner que par rapport à une caractéristique soit qu'elle se voit dans la chose, soit qu'on puisse la former en combinant les éléments distincts de la chose - comme on ordonnerait (x, y, z, w..) en formant f(x -) = t.

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La Fontaine, homme qui dans des flâneries solitaires, acquiert un sentiment assez facile - de supériorité, de sagesse, et donc de malignité, à l'égard de la cour et du monde

"Solitude où je trouve une douceur secrète." 1


Date de création : 20-04-2003