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CNRS 3, p. 553

Cahiers de Paul Valéry
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Je n'ai nulle dévotion pour la "nature" ni pour "l'amour" ni pour "l'histoire". En général, la passion et l'émotion me répugnent. Pourquoi surélever les moments du désordre et de la simplification - dans lesquels l'individu et son objet se confondent, se cherchent en tâtonnant. Dans ces phases, les retentissements physiques sont prépondérants, et les bizarres sensations internes envahissent le théâtre -

Il en résulte que des individus différents se ressemblent le plus à ce moment - ce qui explique, d'abord, l'importance artistique des émotions - et puis, ma répugnance - ma peur de trouver mon semblable, mon ennemi, mon inférieur - moi-même.

Alors, ce problème: Quelle est la phase pendant laquelle deux individus différent le plus?

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Dans la mémoire brute - une chaîne monodrome de choses distinctes forme en réalité un seul tenant - mû par une seule excitation car chaque élément discernable ne peut exciter qu'un seul autre élément toujours le même - et même pas le précédent

Si on veut dissocier il faut ranimer l'excitabilité générale d'un élément - non - Si - il faut l'exciter d'une autre façon -

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Mon ambition, ma brûlure est toute interne - Pouvoir m'applaudir - le reste m'est étranger - le reste est froid. Je ne mesure que mon potentiel - Pouvoir. Aussi me suis-je retourné dans ma peau - dans mon crâne comme si l'extérieur n'était qu'un lit docile;

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Ce qui permet l'usage des mots c'est le degré de liberté qui existe entre chacun d'eux et un groupe infini d'images.


Date de création : 20-04-2003