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Cahiers de Paul Valéry
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Cette odeur d'anis que je déteste, il y a si longtemps que je ne l'ai pas perçue, que je commence à l'imaginer, à la retrouver avec curiosité dans une aspiration voulue, apprenant à l'aimer indirectement, comme souvenir et danger sans danger puisqu'elle est absente.

Aimer, serait-ce d'abord jouer en toute sécurité, s'adapter avec, de façon purement légère et intérieure apprivoiser, et finalement être apprivoisé?

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Sommeil est chose connue par la veille

Colère est chose connue par un calme

Marche, Mouvement  --- dans de par immobilité

Mais non la veille n'est pas "connue" par le Sommeil etc.. ni par la colère, le calme -

Colère et sommeil sont totaux.

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Aimer, disposer intérieurement de quelqu'un pour satisfaire un besoin imaginaire - et par conséquent pour exciter un besoin généralisé.

Toutes les délicatesses de l'amour perfectionné, spiritualisé ont pour tendance l'adaptation de plus en plus grande de cette image cachée à l'image diffuse du sujet lui-même.

L'idéalisation dans ce domaine peut produire l'onanisme et l'homosexualité (quoi qu'elle ne soit pas leur seule origine)

L'amour pour une certaine personne, - l'unique objet - est un fait singulier étant l'attribution à ce seul objet du pouvoir excitateur.

La pensée n'est possible que parce que nous ne voyons pas tout ce qui soutient, constitue et apporte chaque idée.

Il suffit de l'observation grossière de l'association d'idées pour mettre en doute la valeur de la pensée.

Nous mettons alors de l'attention à choisir parmi nos pensées et à approuver celles dont nous croyons voir que leur constitution et leur arrivée ne sont pas fortuites ou irrationnelles avec leur sens.


Date de création : 21-04-2003