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CNRS 4, p. 401

Cahiers de Paul Valéry
Index des Cahiers

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L’homme n’est l’homme qu’à sa surface. Lève la peau, dissèque : ici commencent les machines. Puis tu te perds dans une substance inexplicable, étrangère à tout ce que tu sais et qui est pourtant l’essentielle.

C’est de même pour ton désir, pour ton sentiment et ta pensée. La familiarité et l’apparence humaine de ces choses s’évanouissent à l’examen. Et si levant le langage on veut voir sous cette peau, ce qui paraît m’égare.

 

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Tant pour cent des livres conservés tirent leur valeur de la disparition des autres livres et des choses qui les accompagnaient d’abord.

D’autres perdent la leur par les mêmes destructions qui sont indépendantes des œuvres et qui agissent sur une époque comme la tâche d’encre sur un dessin.

 

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Ce qui m’entoure, ce que j’ai acheté, ce que j’ai écrit, ce que j’ai imprimé, mes enfants, mes livres, mon désordre ou mon ordre – tout ceci me ressemble plus que je ne me ressemble. A plus de stabilité et de figure que mon moment. (ibid. IV, 170)


Date de création : 20-04-2003