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Cahiers de Paul Valéry
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Un homme très vif – très intelligent néglige son style comme il se permet des folies et se moque de ce qu’il possède.(Œ, II, 629)

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La conscience a horreur du vide.(Œ, II, 712)

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Je ne suis pas bête parce que toutes les fois que je me trouve bête, je me nie – je me tue. (Œ, II, 45)

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Vis à vis d’un interlocuteur, on peut s’adapter à lui comme c’est l’usage et le modenaturel.

On peut aussi le regarder comme une sorte de machine – s’adapter à un système plus vaste et plus régulier que cet homme discourant – et qui l’englobe, l’achève, l’explique, le mène. Ce qui se fait quelquefois de soi-même lorsqu’une différence très sensible de culture, d’âge, de finesse existe à mon profit entre nous deux.

On peut même se considérer comme partie de la machine et faire quelque chose dans son jeu.

Alors se fait-on l’illusion d’être plus qu’homme de contenir l’homme ou de le peindre quelque part, plus net, plus machinal, plus connu aussi qu’il ne se connaît. L’un parle à l’autre qu’il considère comme lié réciproquement à lui. Mais l’autre s’est délié dans le secret, et sorti des nœuds convenus, substituant à la main que l’on croit tenir, une main de bois qui ne conduit à personne, esquivé, libre, se joue derrière le dos, les paroles et les vérités mêmes de son partenaire.

Soupçonnée ou surprise, cette manière de voir est très cruelle. Ce regard est la plus mortelle injure.


Date de création : 20-04-2003