CNRS 3, p. 205

Cahiers de Paul Valéry
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CNRS III, p. 205-238, début du tome 7

 

       Begins 14 janvier O4

 

Les mathématiques sont dans votre tête - il s'agit de les en faire sortir - Il s'agit de grossir et de faire voir - ce qui est. L'attention tend à faire voir tout ce qui est, l'état ordinaire ne voit que ce qui le change - l'attention a une fin - un but et un achèvement où elle n'arrive pas toujours - Elle tend à apercevoir un groupe -

 

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Il trouve étrange, d'avoir un corps, du sang, un squelette, une substance si voisine - de quoi? - et n'y penser que rarement, grossièrement, faussement. S'ignorer à ce point et forcément!1 Il n'est donc pas fait pour se connaître, - directement - Il voit sans songer à l'oeil et pense - sans cerveau.

Si l'attention n'était pas fragile - si elle ne coûtait rien -

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La pensée fait une double figure - Elle est tout et partie - chemin et but - chose ou vérité, texte et traduction - naturelle dans son isolement, artificielle dans son rapport et son emploi -

Et une impression ou une image a un double moment - Elle est temps, situation, choc, fragment ou unité d'existence - et elle est aussi plus particulière, incomparable, entière.

La pensée ne dépend pas seulement de la pensée -

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Jongler avec plusieurs balles et être assez rapide pour que nulle ne tombe tout à fait - En dehors des distractions, les pensées ont un poids vers l'oubli - Elles sont instables - Les notions sont indépendantes de cette instabilité -

 

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Mon attention profite de ton inattention - --

                                                


Date de création : 21-04-2003